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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 20:57

Chadô : la Voie du thé et sa Cérémonie au Japon

"Il s'agit simplement de faire bouillir de l'eau,
de préparer du thé, et de le boire."
SEN Rikyu

"Le thé n'a pas l'arrogance du vin,
l'individualisme conscient du café,
l'innocence souriante du cacao."
OKAKURA Kazuko

D'un acte simple en apparence, le Japon a réussi à faire un Art poussé jusqu'au rituel, associé à une véritable philosophie de vie: la voie du thé. Plutôt hermétique voire ésotérique au premier abord, la cérémonie du thé est à la fois le point de départ et de convergence d'arts et de concepts tant éthiques qu'esthétiques qui constituent les fondements et l'originalité de la Culture japonaise

Shodô : la calligraphie japonaise ou voie de l'écriture



"Si les japonais ont fait du golf un jeu aussi populaire, c'est parce qu'il repose sur un geste profondément calligraphique, celui du lancer sans reprise, du coup réussi ou raté à l'instant d'être réalisé"
Cyrille Javary, Préface de "L'unique trait de pinceau"

De même que l'écriture dont elle est le prolongement, la calligraphie japonaise a son origine en Chine et a été importée au Japon vers le 6e siècle avec les idéogrammes (appelés "kanji" au japon). Tout comme en Chine, la calligraphie est au Japon synonyme de raffinement et civilisation. Peut-être encore plus qu'en Chine, le Japon en a fait une véritable voie d'accomplissement personnel et spirituel. Le Japon a également développé ses propres styles, notament avec les "kana", ces caractères simplifiés utilisés comme alphabet syllabaire, en complément des idéogrammes, ceux-ci s'étant avérés peu adaptés à la langue japonaise...

La force du souffle

"Un chinois qui s'apprête à écrire est persuadé qu'au moment où son pinceau fait naître sur la feuille fût-ce le plus simple des idéogrammes, le souffle qui le traverse et se matérialise grâce à son bras, ce souffle-là est le même que le souffle primordial et universel par qui naissent, éclosent et vivent tous les êtres sur terre"
François Cheng - Entretien avec A. de Gaudemar - Libération 5/11/98

En calligraphie, qu'elle soit chinoise ou japonaise, le caractère est produit en un soufle, c'est à dire en quelques secondes, et sans retour possible. Tout le corps participe à ce déversement d'énergie, qui est canalisée vers la pointe du pinceau. Les traits composants un caractère deviennent alors, de part cette relation engendrée par ce flux d'énergie, véritablement vivants. C'est le rythme de l'execution qui confère son unité et sa beauté à la calligraphie, et c'est ainsi qu'une calligraphie devient le reflet d'une personnalité, d'un état d'âme....

Objets : Les "4 trésors" du calligraphe

  • pinceaux calligraphieLe pinceau ("fude") de calligraphie est fabriqué avec des poils d'animaux (chèvre, cheval, blaireau...), et peut en contenir jusqu'à une dizaine de sortes différentes. Cette variété de matériau permet d'avoir des pinceaux de différentes flexibilité ou dureté, pour pouvoir varier l'épaisseur du trait.
  • L'encre utilisée en calligraphie ("sumi") est obtenue en mélangeant de la suie générée par du bois, généralement du pin, avec de la colle d'origine animale. Ce mélange est traditionnellement séchée sous forme de batons solides (typiquement 12 x 4 x 2 cm) qui, au moment de l'utilisation, sont frottés avec un peu d'eau pour générer l'encre liquide. Cette préparation qui se fait juste avant la séance de calligraphie est aussi un moment de transition, servant à se préparer mentalement à l'acte créatif... Une fois le baton transformé en encre liquide, la pierre sur laquelle l'encre a été frottée sert aussi de réservoir à encre. Il existe également depuis l'ère Meiji de l'encre liquide ("bokuju") d'un usage plus pratique, mais (d'après les puristes) d'une qualité moindre...
  • La pierre à encre ("suzuri") est fabriquée soit à partir d'une pierre sculptée (telle que l'ardoise), soit à partir de claie cuite à haute température. Elle sert à la fois de support pour la preparation de l'encre en baton et de réservoir, grâce à une partie légèrement creusée.
  • Le papier utilisé en calligraphie ("hanshi") est nettement plus fin que le papier courant, avec un cote absorbant, l'autre étant légèrement brillant.
En complément de ces "4 trésors", on utilise également un "bunchin" ou barre de métal servant de poids pour tenir le papier, ainsi qu'une surface absorbante ("shitajiki"), comme de la feutrine, où poser le papier.

Dernier élément important, le sceau, avec lequel le calligraphe signe son oeuvre, est utilisé avec une pate rouge vif. De forme carrée ou ronde, il peut soit indiquer le nom de l'auteur, ou un pseudonyme, ou encore un court poême ou motto. Le type de sceau détermine l'endroit où il est placé par rapport aux caractères calligraphiés: à gauche on trouvera un nom et / ou un pseudonyme, alors qu'un sceau avec un poême se placera à droite. C'est d'ailleurs par la fabrication des sceaux que Fabienne Verdier (voir livres ci-contre) a commencé son initiation à la calligraphie...

La voie de l'écriture

Difficile d'apprendre la calligraphie de façon autonome. Un apprenti calligraphe commence typiquement par des rangées de traits, horizontaux, puis verticaux... avant de passer, lorsque son maitre estime ces traits sufisament "vivants", à quelques caractères simples...

Au Japon, la technique du trait se travaille en étudiant, outre le style de base, carré (dit "Kaisho"), différents styles calligraphiques dont les principaux sont le semi-cursif (appelé "Gyôsho") ou cursif (appelé "Sôsho").

Le but n'est pas de recopier parfaitement un modèle: au delà des techniques de base (nécessaires quand même !) et de l'art graphique, la créativité du calligraphe peut s'exprimer dans l'espace occupé, dans la position relative des caractères, dans la force et l'épaisseur des traits, mais surtout dans le souffle, dans l'énergie qu'il peut donner à son écriture.

La calligraphie japonaise devient alors moyen de relaxation voire de médition, et aussi pour nous occidentaux, un chemin de découverte de la culture nippone...

Kadô: la voie des fleurs - Ikebana: l'Art floral japonais



"En matière d'Art, il convient de suivre la nature créatrice et de faire des quatre saisons ses compagnes. De ce que nous voyons, il n'est rien qui ne soit fleur, de ce que nous ressentons, rien qui ne soit lune."

Bashô


C'est sous le terme d'Ikebana, que l'on peut traduire literalement par "fleurs vivantes", que Kadô, la voie des fleurs, est le plus communément appelée. De loin la plus populaires des "voies du Japon", notament parmi les femmes, elle est aussi souvent pratiquée en "simple" art décoratif.

La naissance des 3 grandes écoles d'Ikebana

Cet Art de l'arrangement floral a son origine dans la pratique des offrandes aux dieux apparue au Japon avec le boudhisme chinois vers le 8e siècle, et que l'on appelle alors "kuge".

C'est le prêtre Senmu qui est le premier à codifier cet arrangement des fleurs. Celles-ci doivent être au nombre de 3, suivant la triade terre-homme-ciel, et peuvent être disposées en "tatebana" (c'est à dire verticalement, avec une fleur haute et deux plus basses) ou en "moribana" (c'est à dire horizontalement dans un plat ou un panier). La "hutte au bord d'un étang" de Senmu, "ike-no-bô" en japonais, devient par la suite le nom de l'école fondée par ses disciples.

A partir du 12e siècle, cet art des bouquets se popularise et s'étend des temples vers les maisons. C'est de cette époque que date le "Sendenshô", un recueil codifiant une cinquantaine de types de bouquets. Au delà des techniques, un bouquet se veut alors l'expression d'un état d'esprit: entre formel ("shin"), c'est à dire strict, traditionel, symétrique, et libre ("so"), c'est à dire imprévu, spontané, assymétrique, mais toujours simple, discret, naturel, en accord avec l'esprit du Zen.

C'est ensuite au 16e siècle, qu'en réaction aux visions démesurées du Shogun Hideyoshi, que Sen no rykyu, son maître de thé, donne une nouvelle orientation à l'art des bouquets. Le "Chabana" proné par Rikyu (litéralement "fleurs du thé") est un arrangement très simple, voire minimaliste (pouvant se réduire à une simple fleur), en accord avec l'esprit du wabi-sabi. C'est aussi Rikyu qui introduit le style "Nageire", qui littéralement veut dire "jeté" ou "lancé".

Au 17e siècle, l'Art floral, qui prend alors le nom d'"ikebana", devient un objet de rivalité au sein dela noblesse reléguée à Kyoto. L'Ikebana connait une phase codifiée à l'extrème avec les règles de "Rikka", mais sans qu'il y ait d'apport vraiment significatif.

Tout comme le thé, l'ikebana se propage ensuite dans la classe des marchants et les écoles se multiplient avec le nombre de pratiquants, qui comptent également de plus en plus de femmes. Les styles Rikka et Nageire reviennent en faveur et donnent naissance au style Shôka, qui en est en quelque sorte la synthèse.

En réaction avec la rigidité du siècle précédent, un groupe de lettrés cherche alors à lui redonner spontanéité et poésie, en accord avec l'esthétique et la pensée chinoise. C'est ainsi que dans la deuxième moitié du 19e siècle, Unshin Ohara, qui veut renouer avec la tradition du moribana, fonde sa propre école. Il profite également de l'ouverture du Japon vers l'occident pour introduire de nouvelles fleurs.

Enfin, vers 1930, un mouvement voit le jour qui, avec le style libre "jiyûbana", vise à s'affranchir des codifications traditionnelles et à "sortir l'Ikebana du Tokonoma". C'est dans cette lignée que Sofû Teshigahara fonde alors la fameuse école Sôgetsu.

Ainsi, dès 1930, les 3 grandes écoles étaient nées, qui continuent encore de nos jours à perpétuer la tradition de l'ikebana, également au delà des frontières du Japon.
  • Ikenobô: c'est l'école la plus ancienne et la plus traditionnelle, et celle pour laquelle l'Ikabana reste un exercice spirituel. Ikenobô enseigne en particulier les styles "rikka" et "shôka" et reste fidèle à la structure en triade symbolisant le ciel, la terre et l'homme.
  • Ohara: plus récente, elle reste fidèle au style moribana et aux arrangements paysagers qu'elle a néanmmoins modernisés.
  • Sôgetsu: la plus moderne et la plus inovatrice (voire révolutionnaire!), cette école prône la liberté non seulement dans les formes, mais également dans le choix des matériaux.

La voie des fleurs

"En réalisant un bouquet, l'ikebaniste crée un micro-monde. Ce faisant, il se reporte à la création du monde, s'identifie à l'origine, à la source de l'univers, et l'énergie qui le traverse et l'inspire dans sa création tend à mimer celle qui préside au déploiement du cosmos. Le fruit de son travail, quelque modeste qu'il soit, est un microcosme relié à l'infini du monde par des liens invisibles qui rattachent à son centre tous les points de l'univers"
A. Delaye - Les fleurs dans l'Art et la vie

En créant un ikebana, l'homme peut oublier le monde qui l'entoure et atteindre une véritable harmonie intérieure. Par rapport à un autre Art, l'Ikebana a en outre ceci de particulier qu'il utilise des matériaux naturels, que l'on cherche à garder "vivants", et qui invitent à méditer sur sa propre place en tant qu'être vivant dans l'univers. Ce qui rend ces fleurs "vivantes" est bien ce flux d'ènergie qui le traverse alors...

Objets

  • Fleurs et branchages: ce sont les éléments essentiels bien sur. La qualité est plus importante que la quantité: fleurs et branchages sont choisis en fonction de la saison et de la destination de l'arrangement floral, et aussi selon des critères de fraicheur, couleurs, taille, lignes, harmonie...
  • Vase: également un élement important, partie intégrante de l'oeuvre, et dépendant du style choisi. Le vase peut être en porcelaine ou en bambou, haut ou plat...
  • Pique-fleur: de taille variable, cet accessoire est surtout utilisé avec un vase plat pour les styles Moribana, et permet de "tenir" les tiges ou branche en position verticale. Il doit bien sur être invisible, caché par des feuilles, une fois l'arrangement terminé...
  • Sécateur: pour couper les tiges et les branchages à la dimension voulue, sans "blesser" la plante...

L'encens au Japon: origines - fabrication - Kôdô


Soir de printemps,   
A l'encens à moitié éteint,   
J'en ajoute encore.   

Buson Yosa (1716-1783)   

Origines de l'encens

La légende raconte qu'au VIe siècle des pêcheurs d'Awaji vinrent ramasser sur la plage les débris issus d'une tempête. Ayant recueilli un long morceau de bois sombre, ils le jetèrent sur un bûcher d'où s'éleva aussitôt une senteur éblouissante. Les pêcheurs crièrent alors au prodige et allèrent faire présent de ce bois mystérieux à la maison impériale. Le prince fit trancher le bois en deux parties : l'une pour y sculpter une effigie du Bouddha et l'autre pour la déposer au Temple de la Loi Prospère. C'est ainsi que, selon la légende, le bois d'encens aurait été introduit au Japon et s'y serait répandu jusque dans ses usages les plus élevés...

Le mot encens vient du Latin incensus, "causer une passion (une émotion), devenir éveillé". Son utilisation remonte en fait aux temps biblique, et a son origine en Egypte où des gommes et résines aromatiques d'arbres furent importées d'Arabie et des côtes de Somalie pour être utilisées durant des cérémonies religieuses. L'encens fut également utilisé par les pharaons pour combattre les odeurs déplaisantes, chasser les démons et louer la présence des Dieux. Cette utilisation religieuse se répandit ensuite à Babylone, en Israel, en Grèce et à Rome, puis jusqu'en Inde où il est encore aujourd'hui largement utilisé, autant par les Hindous que par les boudhistes.

Importé au Japon au VIe siècle par les moines bouddhistes et utilisé durant les cérémonies de purification, les délicates senteurs du Kô (l'encens japonais de haute qualité) devinrent, 200 ans plus tard, des objets de raffinement et de plaisir auprès des nobles de la Cour Impériale de l'Ere Heian. Durant le Shogunat au XIVe siècle, les guerriers samouraïs parfumaient leurs casques et armures avec de l'encens afin de se conférer une aura d'invincibilité avant de rencontrer leur ennemi et faire face à leur destin. Mais c'est à l'ère Muromachi au XVe et XVIe siècle que l'art raffiné de l'encens se développa et se répandit dans les classes hautes et moyennes de la société japonaise.

Fabrication

Les fabricants d'encens japonais perpétuent jusqu'à nos jours le savoir-faire d'un spécialiste des encens, nommé Koju, qui au 16e siècle exerçait ses talents à la cour impériale. Les entreprises importantes de fabrication de l'encens au Japon continuent d'élaborer leurs produits principalement "à la main" comme cela se fait depuis des centaines d'années. Des ingrédients de base de très grande qualité sont utilisés pour la fabrication d'encens raffinés tels que l'aloès (Jinkô) ou le santal.

Durant le processus de fabrication, les gommes naturelles et les résines de bois précieux ainsi que des extraits de fleurs sont mis en cuve où ils sont mélangés avec d'autres matières premières. C'est dans cette phase de l'élaboration de l'encens que résident la plupart des secrets de fabrication. La pate ainsi obtenue est alors modelée en longue tiges d'encens (sans bâtonnet), en cônes ou bien encore en tortillons. Après quoi ceux-ci sont découpés et disposés sur des formes en bois pour sécher. Les encens sont ensuite placés dans un local dont l'hygrométrie et la température sont ingénieusement contrôlés par des ouvertures et des volets en bois qui dispensent l'exacte quantité d'air et de lumière nécessaire à leur durcissement.

Kôdô ou la voie de l'encens

Autour de l'encens et de ses rituels s'est ainsi développée une véritable culture. Cette "voie de l'encens", appelée "Kôdô" en japonais, n'est pas seulement associée au plaisir de l'odorat, mais à une expérience esthétique et à une spiritualité en accord avec l'esprit du Zen. Pratiqué seul ou en groupe, les rituels associés à l'encens permettent d'atteindre, au sein de ce monde moderne en perpetuelle effervescence, un état de paix intérieure favorisant la réflexion et la méditation.

Les pratiquants modernes de cette "art de vivre" utilisent l'encens pour rendre plus raffinée l'ambiance de leur intérieur ou de leur bureau, pour honorer un invité, pour célébrer des évènements spéciaux ou plus simplement pour relaxer et dé-stresser le corps et l'esprit après une journée fatiguante.

Dans le boudhisme Zen, l'encens est d'ailleurs considéré comme un des cadeaux les plus précieux que l'on puisse offrir...

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Published by seleniah - dans japon
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