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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 21:10

Niwaki - Taille Japonaise et Méditation 




" Or donc ce que l'on appelle "art", par le fait qu'il apaise les esprits de tous les hommes et qu'il produit l'émotion chez les grands et les humbles, pourrait constituer le point de départ d'un accroissement de longévité et de bonheur, un moyen de prolonger la vie. "
Zeami (1363-1444) - "La tradition secréte du Nô" - 1418


L'art de la Taille Japonaise ou Niwaki

Les fondements de cet art proviennent essentiellement du culte Shinto ou "Voie des Dieux", la plus ancienne religion du Japon, un mode de vie à part entière, qui repose sur de vastes concepts d'harmonies entre l'homme et la nature.

Les japonais vénèrent donc les kami, esprits des ancêtres et forces de la Nature Mère. Les montagnes, arbres, eaux, vents, pierres, tonnerre... - pour ne citer que les plus importants - y sont considérés comme manifestations divines. Cet art s'est enrichi au fil des siècles, par le biais de diverses influences et philosophies relatives à l'histoire du pays.

Si l'art de dresser les pierres, tailler les arbres "en nuages" ou ratisser des mers de gravier paraît souvent lié au zen, la lecture approfondie du Sakutei-ki - Notes secrètes sur la fabrication des jardins - permet de découvrir que c'est l'inverse, en fait, qui s'est produit. C'est par la création de jardins en suivant les préceptes anciens, que les moines bouddhistes zen ont trouvé un de leurs moyens de parvenir à l'éveil, par l'expression de Soi.

A l'origine, la taille japonaise évoque l'empreinte laissée sur la végétation par les éléments naturels (vent, neige, gel...) ou les animaux (bétail, insectes...). Elle s'adresse pratiquement à toutes les variétés d'arbres et d'arbustes, qu'elles soient à feuillage caduc ou persistant, et à tous les sujets, du plus petit élevé en pot à celui élevé en pleine terre.

Parmi les différents types de taille japonaise (compacte karikomi, sous forme de gros buissons kokarikomi ou de petits buissons okarikomi, linéaire "en plateaux"...) la taille "en nuages" est destinée à donner une végétation tabulaire - diverses mises en forme en dômes multiples - ayant pour but de reproduire des sites paysagers lointains. Elle permet de représenter collines et vallons de campagne, d'évoquer des nuages restés accrochés à la profondeur d'une forêt ou un arbre isolé à l'aplomb d'une falaise, ceci dans le jardin japonais où tous les éléments servent à reproduire l'ensemble d'un paysage naturel dans un petit espace, afin d'en sublimer la beauté.

L'essence de cet art

D'un point de vue rationnel et concret, la taille japonaise est la culture et l'entretien d'un arbre en pleine terre ou en pot, pour ceux qui n'ont pas la chance de posséder un jardin. Utilisant des techniques pratiquées depuis des centaines d'années au Japon, cet Art consiste à sculpter dans un matériau à l'état brut pour atteindre la quintessence de la beauté, à travailler le végétal pour lui donner une impression de vieillesse, de maturité, de permanence dans l'impermanence, afin de suggérer une infime partie du potentiel infini de la nature.

Mais en fait, la taille japonaise est encore bien plus que cela. Incarnant la nature et révélant sa beauté, agissant comme une sorte de baume apaisant l'esprit, elle est une voie de recherche de la simplicité, afin de parvenir au mieux à l'essentiel. Dans sa pratique, son étude et son utilisation en tant que support de méditation, elle donne à notre esprit les moyens de développer une sensibilité accrue aux évènements apparemment anodins de la vie, que le quotidien masque la plupart du temps, et va nous permettre de trouver notre voie à l'unisson, c'est-à-dire en unité, en parfaite harmonie avec le Tout.

Une dimension spirituelle

Il est effectivement possible pour ceux qui le souhaitent, de donner à cet art une dimension spirituelle, sur le modèle des moines jardiniers dans les temples bouddhistes zen, en l'utilisant comme support de méditation.

Ki est le terme japonais qui désigne l'énergie ou essence vitale. C'est la force qui réside à l'intérieur de notre corps et dans tout l'Univers, et qui engendre la vie. Elle se retrouve citée dans de nombreuses cultures sous d'autres noms à travers le monde. Mais Ki n'est pas l'équivalent de l'énergie à proprement parler; il s'agit d'un élément plus subtil, apparenté à la force créative qui préside à la vie et au mouvement.

L'Univers est un lieu sacré, un macrocosme où toutes choses sont interdépendantes. S'autocréant, il se maintient et se développe selon un modèle d'évolution perpétuelle qui se retrouve dans tout phénomène individuel. C'est ainsi que le corps est perçu comme un microcosme sacré qui, en suivant le Dô, équivalent japonais du Tao, est en mesure de s'accorder au flux du pouvoir cosmique et de purifier l'univers en se purifiant lui-même à l'intérieur, par toute pratique de méditation.

Sur le modèle de la calligraphie zen ou hitsuzendô, où le principe cosmique insuffle sa vitalité dans tous les aspects de la création par le biais du pinceau et dans le traçage de l'idéogramme, participant ainsi à la connaissance de Soi à travers le mouvement, il s'agit de réaliser chaque action avec intensité, le but étant de vivre pleinement le présent, dans le calme et le silence, au travers de la taille japonaise.

Laisser passer les pensées après en avoir pris conscience un instant et revenir au relâchement des tensions, à la respiration et à l'activité. La véritable méditation ou zen signifie un état d'être où ne stagne aucune pensée, ni aucun objet, ni aucun rêve ou désir. Il n'y a que le vide, propice à la révélation qui va nous permettre de pouvoir ensuite créer quelque chose de nouveau dans notre vie. Dans ce vide nous avons la possibilité de nous rencontrer, de nous reconnaître. Nous découvrons notre vérité, c'est un silence parfait. Cette méditation peut être pratiquée de manière dynamique. C'est alors dans l'activité elle-même, ici la taille japonaise ou "niwakizendô", que nous trouvons notre véritable paix intérieure.

Créativité et unité intérieure

Cette pratique, tout comme le fait de ratisser afin de créer et de recréer un Jardin Zen, calme le mental et favorise le centrage méditatif, libérant notre créativité et participant à notre unité intérieure.

Il s'agit ici de retrouver la joie de l'enfance lorsque nous utilisions nos mains pour découvrir le monde, créer et manifester ce que nous désirions. Nos mains sont notre mécanisme primaire de connexion avec la vie, elles sont des instruments nous permettant d'exprimer notre créativité et notre originalité. Utiliser nos mains nous remet en contact avec notre monde intérieur. Les textures différentes du végétal nous donnent de l'inspiration et par là même nous permettent de nous enraciner à travers le toucher. Il suffit simplement que notre intérêt nous motive dans la disposition à pratiquer.
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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 21:09

Les différents types de jardins japonais


"Si tu veux être heureux pour une heure, ennivre toi.
Pour trois jours de bonheur, marie toi.
Mais si tu veux être heureux pour le reste de ta vie,
devient jardinier."
Proverbe chinois

Jardin japon vue maison

Pour simplifier, on distingue trois grandes catégories de jardins japonais:

  • Le jardin à étang, "chitei", que l'on appelle aussi jardin à transformations, puisqu'on peut le parcourir (et ainsi en avoir différentes vues).
  • Le jardin de contemplation, que l'on regarde de la véranda d'un habitation ou d'un temple, et qui est une oeuvre d'Art destinée à la méditation ; les fameux "karesansui" ou jardins paysagers secs (pour nous les "jardins Zen") rentrent par exemple dans cette catégorie.
  • Le jardin de thé ou "roji", guère plus qu'un chemin pour accéder au pavillon de thé, mais qui doit offrir en quelques pas l'expérience de la beauté de la nature permettant au visiteur de se placer dans l'état d'esprit de la cérémonie du thé.
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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 20:57

Chadô : la Voie du thé et sa Cérémonie au Japon

"Il s'agit simplement de faire bouillir de l'eau,
de préparer du thé, et de le boire."
SEN Rikyu

"Le thé n'a pas l'arrogance du vin,
l'individualisme conscient du café,
l'innocence souriante du cacao."
OKAKURA Kazuko

D'un acte simple en apparence, le Japon a réussi à faire un Art poussé jusqu'au rituel, associé à une véritable philosophie de vie: la voie du thé. Plutôt hermétique voire ésotérique au premier abord, la cérémonie du thé est à la fois le point de départ et de convergence d'arts et de concepts tant éthiques qu'esthétiques qui constituent les fondements et l'originalité de la Culture japonaise

Shodô : la calligraphie japonaise ou voie de l'écriture



"Si les japonais ont fait du golf un jeu aussi populaire, c'est parce qu'il repose sur un geste profondément calligraphique, celui du lancer sans reprise, du coup réussi ou raté à l'instant d'être réalisé"
Cyrille Javary, Préface de "L'unique trait de pinceau"

De même que l'écriture dont elle est le prolongement, la calligraphie japonaise a son origine en Chine et a été importée au Japon vers le 6e siècle avec les idéogrammes (appelés "kanji" au japon). Tout comme en Chine, la calligraphie est au Japon synonyme de raffinement et civilisation. Peut-être encore plus qu'en Chine, le Japon en a fait une véritable voie d'accomplissement personnel et spirituel. Le Japon a également développé ses propres styles, notament avec les "kana", ces caractères simplifiés utilisés comme alphabet syllabaire, en complément des idéogrammes, ceux-ci s'étant avérés peu adaptés à la langue japonaise...

La force du souffle

"Un chinois qui s'apprête à écrire est persuadé qu'au moment où son pinceau fait naître sur la feuille fût-ce le plus simple des idéogrammes, le souffle qui le traverse et se matérialise grâce à son bras, ce souffle-là est le même que le souffle primordial et universel par qui naissent, éclosent et vivent tous les êtres sur terre"
François Cheng - Entretien avec A. de Gaudemar - Libération 5/11/98

En calligraphie, qu'elle soit chinoise ou japonaise, le caractère est produit en un soufle, c'est à dire en quelques secondes, et sans retour possible. Tout le corps participe à ce déversement d'énergie, qui est canalisée vers la pointe du pinceau. Les traits composants un caractère deviennent alors, de part cette relation engendrée par ce flux d'énergie, véritablement vivants. C'est le rythme de l'execution qui confère son unité et sa beauté à la calligraphie, et c'est ainsi qu'une calligraphie devient le reflet d'une personnalité, d'un état d'âme....

Objets : Les "4 trésors" du calligraphe

  • pinceaux calligraphieLe pinceau ("fude") de calligraphie est fabriqué avec des poils d'animaux (chèvre, cheval, blaireau...), et peut en contenir jusqu'à une dizaine de sortes différentes. Cette variété de matériau permet d'avoir des pinceaux de différentes flexibilité ou dureté, pour pouvoir varier l'épaisseur du trait.
  • L'encre utilisée en calligraphie ("sumi") est obtenue en mélangeant de la suie générée par du bois, généralement du pin, avec de la colle d'origine animale. Ce mélange est traditionnellement séchée sous forme de batons solides (typiquement 12 x 4 x 2 cm) qui, au moment de l'utilisation, sont frottés avec un peu d'eau pour générer l'encre liquide. Cette préparation qui se fait juste avant la séance de calligraphie est aussi un moment de transition, servant à se préparer mentalement à l'acte créatif... Une fois le baton transformé en encre liquide, la pierre sur laquelle l'encre a été frottée sert aussi de réservoir à encre. Il existe également depuis l'ère Meiji de l'encre liquide ("bokuju") d'un usage plus pratique, mais (d'après les puristes) d'une qualité moindre...
  • La pierre à encre ("suzuri") est fabriquée soit à partir d'une pierre sculptée (telle que l'ardoise), soit à partir de claie cuite à haute température. Elle sert à la fois de support pour la preparation de l'encre en baton et de réservoir, grâce à une partie légèrement creusée.
  • Le papier utilisé en calligraphie ("hanshi") est nettement plus fin que le papier courant, avec un cote absorbant, l'autre étant légèrement brillant.
En complément de ces "4 trésors", on utilise également un "bunchin" ou barre de métal servant de poids pour tenir le papier, ainsi qu'une surface absorbante ("shitajiki"), comme de la feutrine, où poser le papier.

Dernier élément important, le sceau, avec lequel le calligraphe signe son oeuvre, est utilisé avec une pate rouge vif. De forme carrée ou ronde, il peut soit indiquer le nom de l'auteur, ou un pseudonyme, ou encore un court poême ou motto. Le type de sceau détermine l'endroit où il est placé par rapport aux caractères calligraphiés: à gauche on trouvera un nom et / ou un pseudonyme, alors qu'un sceau avec un poême se placera à droite. C'est d'ailleurs par la fabrication des sceaux que Fabienne Verdier (voir livres ci-contre) a commencé son initiation à la calligraphie...

La voie de l'écriture

Difficile d'apprendre la calligraphie de façon autonome. Un apprenti calligraphe commence typiquement par des rangées de traits, horizontaux, puis verticaux... avant de passer, lorsque son maitre estime ces traits sufisament "vivants", à quelques caractères simples...

Au Japon, la technique du trait se travaille en étudiant, outre le style de base, carré (dit "Kaisho"), différents styles calligraphiques dont les principaux sont le semi-cursif (appelé "Gyôsho") ou cursif (appelé "Sôsho").

Le but n'est pas de recopier parfaitement un modèle: au delà des techniques de base (nécessaires quand même !) et de l'art graphique, la créativité du calligraphe peut s'exprimer dans l'espace occupé, dans la position relative des caractères, dans la force et l'épaisseur des traits, mais surtout dans le souffle, dans l'énergie qu'il peut donner à son écriture.

La calligraphie japonaise devient alors moyen de relaxation voire de médition, et aussi pour nous occidentaux, un chemin de découverte de la culture nippone...

Kadô: la voie des fleurs - Ikebana: l'Art floral japonais



"En matière d'Art, il convient de suivre la nature créatrice et de faire des quatre saisons ses compagnes. De ce que nous voyons, il n'est rien qui ne soit fleur, de ce que nous ressentons, rien qui ne soit lune."

Bashô


C'est sous le terme d'Ikebana, que l'on peut traduire literalement par "fleurs vivantes", que Kadô, la voie des fleurs, est le plus communément appelée. De loin la plus populaires des "voies du Japon", notament parmi les femmes, elle est aussi souvent pratiquée en "simple" art décoratif.

La naissance des 3 grandes écoles d'Ikebana

Cet Art de l'arrangement floral a son origine dans la pratique des offrandes aux dieux apparue au Japon avec le boudhisme chinois vers le 8e siècle, et que l'on appelle alors "kuge".

C'est le prêtre Senmu qui est le premier à codifier cet arrangement des fleurs. Celles-ci doivent être au nombre de 3, suivant la triade terre-homme-ciel, et peuvent être disposées en "tatebana" (c'est à dire verticalement, avec une fleur haute et deux plus basses) ou en "moribana" (c'est à dire horizontalement dans un plat ou un panier). La "hutte au bord d'un étang" de Senmu, "ike-no-bô" en japonais, devient par la suite le nom de l'école fondée par ses disciples.

A partir du 12e siècle, cet art des bouquets se popularise et s'étend des temples vers les maisons. C'est de cette époque que date le "Sendenshô", un recueil codifiant une cinquantaine de types de bouquets. Au delà des techniques, un bouquet se veut alors l'expression d'un état d'esprit: entre formel ("shin"), c'est à dire strict, traditionel, symétrique, et libre ("so"), c'est à dire imprévu, spontané, assymétrique, mais toujours simple, discret, naturel, en accord avec l'esprit du Zen.

C'est ensuite au 16e siècle, qu'en réaction aux visions démesurées du Shogun Hideyoshi, que Sen no rykyu, son maître de thé, donne une nouvelle orientation à l'art des bouquets. Le "Chabana" proné par Rikyu (litéralement "fleurs du thé") est un arrangement très simple, voire minimaliste (pouvant se réduire à une simple fleur), en accord avec l'esprit du wabi-sabi. C'est aussi Rikyu qui introduit le style "Nageire", qui littéralement veut dire "jeté" ou "lancé".

Au 17e siècle, l'Art floral, qui prend alors le nom d'"ikebana", devient un objet de rivalité au sein dela noblesse reléguée à Kyoto. L'Ikebana connait une phase codifiée à l'extrème avec les règles de "Rikka", mais sans qu'il y ait d'apport vraiment significatif.

Tout comme le thé, l'ikebana se propage ensuite dans la classe des marchants et les écoles se multiplient avec le nombre de pratiquants, qui comptent également de plus en plus de femmes. Les styles Rikka et Nageire reviennent en faveur et donnent naissance au style Shôka, qui en est en quelque sorte la synthèse.

En réaction avec la rigidité du siècle précédent, un groupe de lettrés cherche alors à lui redonner spontanéité et poésie, en accord avec l'esthétique et la pensée chinoise. C'est ainsi que dans la deuxième moitié du 19e siècle, Unshin Ohara, qui veut renouer avec la tradition du moribana, fonde sa propre école. Il profite également de l'ouverture du Japon vers l'occident pour introduire de nouvelles fleurs.

Enfin, vers 1930, un mouvement voit le jour qui, avec le style libre "jiyûbana", vise à s'affranchir des codifications traditionnelles et à "sortir l'Ikebana du Tokonoma". C'est dans cette lignée que Sofû Teshigahara fonde alors la fameuse école Sôgetsu.

Ainsi, dès 1930, les 3 grandes écoles étaient nées, qui continuent encore de nos jours à perpétuer la tradition de l'ikebana, également au delà des frontières du Japon.
  • Ikenobô: c'est l'école la plus ancienne et la plus traditionnelle, et celle pour laquelle l'Ikabana reste un exercice spirituel. Ikenobô enseigne en particulier les styles "rikka" et "shôka" et reste fidèle à la structure en triade symbolisant le ciel, la terre et l'homme.
  • Ohara: plus récente, elle reste fidèle au style moribana et aux arrangements paysagers qu'elle a néanmmoins modernisés.
  • Sôgetsu: la plus moderne et la plus inovatrice (voire révolutionnaire!), cette école prône la liberté non seulement dans les formes, mais également dans le choix des matériaux.

La voie des fleurs

"En réalisant un bouquet, l'ikebaniste crée un micro-monde. Ce faisant, il se reporte à la création du monde, s'identifie à l'origine, à la source de l'univers, et l'énergie qui le traverse et l'inspire dans sa création tend à mimer celle qui préside au déploiement du cosmos. Le fruit de son travail, quelque modeste qu'il soit, est un microcosme relié à l'infini du monde par des liens invisibles qui rattachent à son centre tous les points de l'univers"
A. Delaye - Les fleurs dans l'Art et la vie

En créant un ikebana, l'homme peut oublier le monde qui l'entoure et atteindre une véritable harmonie intérieure. Par rapport à un autre Art, l'Ikebana a en outre ceci de particulier qu'il utilise des matériaux naturels, que l'on cherche à garder "vivants", et qui invitent à méditer sur sa propre place en tant qu'être vivant dans l'univers. Ce qui rend ces fleurs "vivantes" est bien ce flux d'ènergie qui le traverse alors...

Objets

  • Fleurs et branchages: ce sont les éléments essentiels bien sur. La qualité est plus importante que la quantité: fleurs et branchages sont choisis en fonction de la saison et de la destination de l'arrangement floral, et aussi selon des critères de fraicheur, couleurs, taille, lignes, harmonie...
  • Vase: également un élement important, partie intégrante de l'oeuvre, et dépendant du style choisi. Le vase peut être en porcelaine ou en bambou, haut ou plat...
  • Pique-fleur: de taille variable, cet accessoire est surtout utilisé avec un vase plat pour les styles Moribana, et permet de "tenir" les tiges ou branche en position verticale. Il doit bien sur être invisible, caché par des feuilles, une fois l'arrangement terminé...
  • Sécateur: pour couper les tiges et les branchages à la dimension voulue, sans "blesser" la plante...

L'encens au Japon: origines - fabrication - Kôdô


Soir de printemps,   
A l'encens à moitié éteint,   
J'en ajoute encore.   

Buson Yosa (1716-1783)   

Origines de l'encens

La légende raconte qu'au VIe siècle des pêcheurs d'Awaji vinrent ramasser sur la plage les débris issus d'une tempête. Ayant recueilli un long morceau de bois sombre, ils le jetèrent sur un bûcher d'où s'éleva aussitôt une senteur éblouissante. Les pêcheurs crièrent alors au prodige et allèrent faire présent de ce bois mystérieux à la maison impériale. Le prince fit trancher le bois en deux parties : l'une pour y sculpter une effigie du Bouddha et l'autre pour la déposer au Temple de la Loi Prospère. C'est ainsi que, selon la légende, le bois d'encens aurait été introduit au Japon et s'y serait répandu jusque dans ses usages les plus élevés...

Le mot encens vient du Latin incensus, "causer une passion (une émotion), devenir éveillé". Son utilisation remonte en fait aux temps biblique, et a son origine en Egypte où des gommes et résines aromatiques d'arbres furent importées d'Arabie et des côtes de Somalie pour être utilisées durant des cérémonies religieuses. L'encens fut également utilisé par les pharaons pour combattre les odeurs déplaisantes, chasser les démons et louer la présence des Dieux. Cette utilisation religieuse se répandit ensuite à Babylone, en Israel, en Grèce et à Rome, puis jusqu'en Inde où il est encore aujourd'hui largement utilisé, autant par les Hindous que par les boudhistes.

Importé au Japon au VIe siècle par les moines bouddhistes et utilisé durant les cérémonies de purification, les délicates senteurs du Kô (l'encens japonais de haute qualité) devinrent, 200 ans plus tard, des objets de raffinement et de plaisir auprès des nobles de la Cour Impériale de l'Ere Heian. Durant le Shogunat au XIVe siècle, les guerriers samouraïs parfumaient leurs casques et armures avec de l'encens afin de se conférer une aura d'invincibilité avant de rencontrer leur ennemi et faire face à leur destin. Mais c'est à l'ère Muromachi au XVe et XVIe siècle que l'art raffiné de l'encens se développa et se répandit dans les classes hautes et moyennes de la société japonaise.

Fabrication

Les fabricants d'encens japonais perpétuent jusqu'à nos jours le savoir-faire d'un spécialiste des encens, nommé Koju, qui au 16e siècle exerçait ses talents à la cour impériale. Les entreprises importantes de fabrication de l'encens au Japon continuent d'élaborer leurs produits principalement "à la main" comme cela se fait depuis des centaines d'années. Des ingrédients de base de très grande qualité sont utilisés pour la fabrication d'encens raffinés tels que l'aloès (Jinkô) ou le santal.

Durant le processus de fabrication, les gommes naturelles et les résines de bois précieux ainsi que des extraits de fleurs sont mis en cuve où ils sont mélangés avec d'autres matières premières. C'est dans cette phase de l'élaboration de l'encens que résident la plupart des secrets de fabrication. La pate ainsi obtenue est alors modelée en longue tiges d'encens (sans bâtonnet), en cônes ou bien encore en tortillons. Après quoi ceux-ci sont découpés et disposés sur des formes en bois pour sécher. Les encens sont ensuite placés dans un local dont l'hygrométrie et la température sont ingénieusement contrôlés par des ouvertures et des volets en bois qui dispensent l'exacte quantité d'air et de lumière nécessaire à leur durcissement.

Kôdô ou la voie de l'encens

Autour de l'encens et de ses rituels s'est ainsi développée une véritable culture. Cette "voie de l'encens", appelée "Kôdô" en japonais, n'est pas seulement associée au plaisir de l'odorat, mais à une expérience esthétique et à une spiritualité en accord avec l'esprit du Zen. Pratiqué seul ou en groupe, les rituels associés à l'encens permettent d'atteindre, au sein de ce monde moderne en perpetuelle effervescence, un état de paix intérieure favorisant la réflexion et la méditation.

Les pratiquants modernes de cette "art de vivre" utilisent l'encens pour rendre plus raffinée l'ambiance de leur intérieur ou de leur bureau, pour honorer un invité, pour célébrer des évènements spéciaux ou plus simplement pour relaxer et dé-stresser le corps et l'esprit après une journée fatiguante.

Dans le boudhisme Zen, l'encens est d'ailleurs considéré comme un des cadeaux les plus précieux que l'on puisse offrir...

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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 20:56

Michi : les voies du Japon


" Au Japon, on n'étudie pas un art pour l'amour de l'Art,
mais pour les clartés spirituelles qu'il dispense.
Si l'Art s'arrête à la forme extérieure,
s'il ne conduit pas aux profondeurs essentielles,
autrement dit s'il ne devient pas une forme de spiritualité,
le japonais ne l'estime pas digne d'être étudié."
D.T Suzuki   


Au japon, la pratique d'un Art a en effet une dimension généralement inconnue en occident. Reposant sur des valeurs et ideaux tant spirituels qu'esthétiques, la pratique d'un Art est une véritable "voie", un cheminement ayant pour objectifs la sérénité, l'harmonie du corps et de l'esprit, et, ultimement, tout comme le Zen avec lequel les Arts sont au Japon en relation étroite, la connaissance et la maitrise de soi-même, la Vérité et la prise de conscience de la place de l'homme dans l'univers...


Selon le principe taoiste de l'"économie des énergie", seule la concentration permet à l'homme de ne pas se disperser au cours de la réalisation d'une tâche et ainsi de ne pas gaspiller inutilement son énergie. La concentration est donc essentielle dans la pratique d'un Art, qui se rapproche ainsi de la méditation. La maitrise du geste, minimal, précis, passe par la maitrise de soi-même... Il ne s'agit pas de pratiquer l'Art pour l'Art, ou l'Art au service d'une idée, mais plutôt l'Art au service d'un développement personnel et spirituel, un moyen d'accomplissement.

L'acte créatif doit être un acte spontané, naturel, que des années de pratiques permettent d'exécuter sans effort, en suivant et utilisant les flux de nos énergies internes. L'accent est mis sur l'instant et le dynamisme: l'attention est dirigée vers l'action juste le temps nécessaire, et cette action est achevée avant de passer à la suivante. Pas d'allers et venues inutiles: il s'agit d "aller droit devant soi". Si ce principe est particulièrement évident dans le cas des arts martiaux, il est également mis en pratique dans un art tel que la calligraphie, où un caractère doit être peint en un seul souffle, et où tout retour en arrière ou correction est impossible. C'est d'ailleurs cet acte, ce processus de création, qui est important, plus encore que le produit ou le résultat final.

De même, les voies du Japon font fi des détails inutiles, ce qui est particulièrement évident lorsqu'on contemple une oeuvre "sumi-e" (peinture à l'encre) ou un arrangement floral, où seul l'essentiel est suggéré, et où les espaces vides ont aussi valeur d'expression. On retrouve d'ailleurs cette même idée du vide créateur dans toute l'esthétique japonaise, notament dans les intérieurs.

Dernière caractéristique commune, ces Arts reposent sur la transmission de "kata" (littéralement "moules"), c'est à dire un registre de motifs ou de gestes. Ces "kata" sont transmis par apprentissage auprès d'un maître, l'accent étant mis sur la pratique, beaucoup plus que sur le discours. Il s'agit plutôt d'une initiation, où le professeur ne fait que transmettre un savoir, sans qu'il en soit lui même à l'origine, et c'est seulement à force de pratique que l'élève (ou le disciple !) peut espérer se rapprocher d'un idéal, et peut-être devenir maître à son tour...
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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 20:55
Une installation de bain, qu'elle soit privée ou publique, comporte 2 zones distinctes: une zone sèche, où l'on s'habille et se déshabille (et qui comprend éventuellement des lavabos), et une zone humide, qui outre la baignoire, comprend un espace avec une évacuation d'eau permettant de se doucher en dehors du bain. L'étiquette veut en effet que l'on ne rentre dans le bain qu'une fois lavé, le même bain devant servir à plusieurs personnes!

Les baignoires japonaises ont évolué d'une forme en tonneau, vers une forme rectangulaire. Ce qui les charactérise néanmoins par rapport aux modèles occidentaux est leur profondeur, puisqu'elle doivent permettre de se plonger dans l'eau jusqu'au cou. Une autre caractéristique du bain japonais est la température très élevée de l'eau... "Atsui" !

Même si le plastique envahit de plus en plus les salles de bains japonaises, les baignoires traditionelles restent en bois, le plus souvent du "hinoki" (sorte de cèdre) ou du "sugi" (cryptomère). L'odeur de ces bois, très charactéristique, leur couleur douce et chaude, leur toucher presque sensuel au contact de l'eau contribuent à la détente et à l'éveil des sens. Ces baignoires ont également la particularité d'être construites sans la moindre vis.

On trouve encore de telles baignoires en bois dans certains vieux onsens de campagne, ou dans des ryokans haut de gamme. Mais malheureusement, les bains sont le plus souvent en pierre ou en carrelages, surtout dans les Sentos.

Bain Hakone
Un exemple de "Rotenburo" en bois, ici à Hakone.   
Celui-ci permet de s'allonger dans l'eau, ce qui est assez inhabituel...


Un certain nombre d'accessoires ("Furo-oke") sont également utilisés:
  • Le "koshikake" est un petit siège sur lequel on s'accroupit confortablement pour se laver et se rincer avant de rentrer dans le bain.
  • Le "sunoko" est le nom caillebotis que l'on trouve parfois à coté du bain et sur lequel on se lave.
  • Le "maru-ko-oke" est une cuvette utilisée pour se laver (et dans lequel on trempe l'inévitable petite serviette blanche...).
  • Le "te-oke" est une cuvette profonde avec un manche qui sert à prélever dans le bain l'eau nécessaire à ses ablutions.
Tout ces objets sont, de même que les baignoires, traditionnellement fabriqués en bois, "hinoki" ou "sugi". Aujourd'hui, ces accessoires se trouvent également en plastique de couleur diverses, l'esthétique et le plaisir des sens étant là bien évidement sacrifiés au profit de l'économie...
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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 20:53
Contrairement aux sentos, les bains de sources chaudes naturelles ("onsens") sont toujours très populaires. Pays volcanique, le japon compte environ 2000 stations thermales, notament dans le Hokkaido, le Nord du Honshu, les Alpes, la région du Mont Fuji, la presqu'ile d'Izu et Kyushu, dont le cadre est souvent spectaculaire (paysage montagneux, gorge, bord de mer...).

bain onsen Rotenburo
"Rotenburo" ou bain exterieur d'un onsen le long d'un torrent   

Les onsens avaient également à l'origine un charactère sacré. Du fait de leur valeurs curatives ils ont longtemps été vus commes des manifestations des "kamis" (dieux shinto), et sont au centre de nombreuses légendes.

L'eau des onsens étant d'origine volcanique, elle est riche en minéraux, notament en souffre, qui outre les différentes vertues thérapeutiques qui lui sont attribuées, donne au bain une odeur très particulière, et ce d'autant plus si celui-ci est en bois. Le bain s'ouvre normalement sur un jardin ou un paysage, ce qui ajoute encore au plaisir des sens et au sentiment d'harmonie...

Ces bains se trouvant souvent au sein de Ryokans (auberges traditionelles japonaises), les onsens sont aujourd'hui devenus des destinations favorites de week-ends en famille, entre amis ou entre collègues de travail, favorisées par un marketing assez agressif: il n'est pas un train ou un métro qui n'affiche une photo idyllique de onsen, avec quelques jeunes filles plongées dans un bain sur fond de nature... Il existe également de nombreux livres, revues spécialisées et sites Internet, permettant de choisir onsens et ryokans en toute connaissance de cause (avec photos et descriptions détaillées du bain, des plats du diner et des chambres).

De même que dans les "sentos" on retrouve voisins et amis du quartier, les onsens ont donc une dimension sociale. Et la nudité engendrant une certaine complicité, le bain pris en commun renforce les liens...
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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 20:50
Le bain est une des rares pratiques japonaises qui ne viennent pas de Chine, mais qui aurait son origine dans un rituel de purification par l'eau en relation avec le culte Shinto: avant d'entrer dans un temple, il convient de se purifier. Le bain serait donc une pratique à associer à l'usage du sel, dont on dispose des petits tas devant les maisons ou les magazins également à des fins de purification.

Avant l'avènement des bains publics, les temples shinto furent ainsi les premiers endroits où les gens du peuples pouvaient se baigner. Il y avait deux sorte de bains: "yu" (littéralement l'eau chaude), le bain d'eau chaude et "furo" le bain de vapeur. Ces bains se trouvaient typiquement dans un batiment spécial dans la cour d'un temple, non loin d'un puit. Dans une première pièce, l'eau était chauffée dans une énorme marmitte au dessus d'un foyer. La vapeur qui en résultait était conduite par un tuyau de bambou dans une deuxième pièce, la "yu-ya", ou se trouvait également une grande cuve en bois ou en pierre, qui remplie d'eau chaude servait de bain.

Les premiers bains publics sont apparus dès le 8e siècle (période de Heian). Contrairement aux bains du temple, où l'on rentrait habillés d'un yukata blanc et où régnait le silence, les bains publics autorisent la nudité et le bavardage. Ces bains étaient alors appelé "machiyu", littéralement l'eau chaude de la ville.

Mais c'est surtout pendant la période de Edo (début du XVIIe - milieu du XIXe), marquée par le développement des villes, que le bain devint véritablement un lieu de détente et de plaisirs et que le nombre d'établissements de bains publics ("sentos") se multiplia. Concurence oblige, les sentos multiplièrent les services, ceux-ci allant de la restauration dans des salles de repos, à ceux moins innocents de laveurs (pour les femmes) et de laveuses (pour les hommes). Cette évolution en firent de véritables centres de la vie sociale.


Le développement de la pratique du bain a d'autre part été favorisé par une attitude de tout temps libérale vis à vis de la nudité, notament dans les couches basses de la population japonaise. Cette attitude était fondamentalement différente de la pudibonderie qui prévalait en occident, où, à partir du moyen age, la nudité était condamnée par la religion chrétienne. C'est d'ailleurs avec l'arrivée des occidentaux à la fin du 19e siècle qu'apparut la séparation des sexes dans les bains publics japonais.

Aujourd'hui, le nombre de Sentos décline régulièrement. Outre la concurence de la salle de bain privée qui s'est banalisée dans les appartements, ces établissement ferment du fait de l'augmentation de leurs coûts et des investissements qui seraient nécessaires à leur rénovation.

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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 20:48

Non, il n'y a pas que les sushis ou les yakitoris! La cuisine japonaise se caractérise au contraire par sa variété et une grande originalité. Saine et relativement simple à préparer, elle vise à mettre en valeur la saveur propre des mets, en utilisant des produits très frais en relation avec les saisons.

Le poisson y a une place très importante: on le trouve bien sur sous forme crue avec les sushis ou les sashimis, mais également grillé ou séché. Il n'y a en fait guère de repas sans poisson, ce qui fait du Japon le plus grand consommateur au monde.



Contrairement aux autres cuisines asiatiques, la cuisine japonaise n'utilise pas ou peu d'épices. Ses saveurs sont essentiellement basées sur le soja, qui apparait sous forme de sauce, "shoyu", ou de pâte, "miso". Autres ingrédients de base: le bouillon de bonite (qui est notament à la base des soupes) et l'alcool de riz.

Un repas simple, tel que ceux servis en set "teishoku" pour le déjeuner dans les restaurants, comprend typiquement un plat principal (souvent du poisson) accompagné d'un bol de riz, d'une soupe (à base de "miso") et de légumes vinaigrés (typiquement du radis). A cet ensemble de base peuvent se rajouter un ou deux petits plats de légumes, de poissons séchés ou de tofu (fromage de soja). Le plus souvent, il n'y a pas de dessert.

Les restaurants ont souvent une spécialité: tempura (fritures légères et croustillantes de légumes et de fruits de mer), shabu-shabu et sukiyaki (fondues de viandes et légumes), yakitoris (mini brochettes), nouilles ("soba"), cuisine chinoise, barbecue coréen ("yakiniku"), et bien sur sushis et sashimis...

Dans les Ryokans haut de gamme, jusqu'à une douzaine de plats tous plus fins et sophistiqués les uns que les autres peuvent être servis pour le diner. Ceux-ci s'accordent généralement avec la saison et sont alors apportés un par un ou deux par deux, le riz n'étant proposé que vers la fin du repas. Les mets sont servis dans des plats tous plus jolis les uns que les autres, et dont on dirait qu'ils ont été créés pour ce met, tellement l'ensemble est généralement harmonieux!

A l'autre bout de l'échelle, on peut engloutir un bol de soupe de nouilles où flottent quelques légumes et quelques bouts de viande à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, et à peu près n'importe où (y compris debout sur un quai de gare)!!!

Du thé ou de l'eau glacée sont systématiquement proposés pour accompagner ces repas. Sinon, la bière japonaise est excellente et se marie très bien avec la plupart des plats, de même que le "sake", l'alcool japonais par excellente, qui est fabriqué à partir du riz et traditionnellement bu chaud...

Enfin, une mention particulière doit être faite du petit déjeuner, dont la version traditionnelle surprend généralement le visiteur étranger: c'est en effet un véritable repas, qui ressemble beaucoup au dejeuner, puisqu'y sont typiquement servis poissons, algues sechées, légumes vinaigrés et riz (avec un oeuf cru!), le tout accompagné d'un soupe au miso et de thé vert... Accros du café-croissant s'abtenir!
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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 20:34


"La cuisine japonaise a-t-on pu dire,
n'est pas chose qui se mange, mais chose qui se regarde;
dans un cas comme celui là, je serais tenté de dire:
qui se regarde, et mieux encore, qui se médite!"

Junichiro Tanizaki - Eloge de l'ombre - 1933


La présentation des mets est au Japon tout aussi importante que leur saveur, qui, en quelque sorte, en est ainsi renforcée: un repas japonais est une fête pour tous les sens que l'on commence par savourer avec les yeux!

La découpe des légumes ou des poissons fait tout d'abord l'objet d'un soin méticuleux et de techniques particulières, l'aliment devant pouvoir en outre être saisi et dégusté facilement avec des baguettes. De même, il existe des règles et même différents styles pour la disposition des aliments sur chacun des plats composants le repas, un art que l'on pourrait comparer à la disposition des fleurs en Ikebana.

Adaptés à chacun des mets servis, ces différents plats, qu'il s'agissent de coupelles, de bols, de ramequins, de petites assiettes, de plateaux ou de petits paniers, sont choisis avec soin, en fonction de leurs formes, de leurs couleurs et de leurs matières. L'idée est qu'il y ait contraste avec le contenu, afin de mettre celui-ci en valeur. Ainsi, un plat carré sera choisi pour un met de forme arrondie; de même que la couleur fade d'un tofu sera contrastée par une plat à motifs et aux couleurs vives...


L'utilisation de matériaux différents suit aussi quelques principes. Ainsi, si les sushis sont généralement présentés sur du bois, un poisson cuit sera disposé dans un plat en porcelaine adapté à sa forme. De même, les soupes accompagnant un repas, comme les soupes de misos, sont offertes dans un bol en bois laqué. Les "tempura" (légumes et poissons frits) sont présentés dans de fins paniers en bambou, et le riz dans un bol en porcelaine.

 

Une mention particulière doit être faite de la céramique et de la porcelaine japonaise, caratérisée par son extraordinaire richesse et sa grande variété. Celle utilisée pour la table offre une multitude de formes, de couleurs, de textures et de motifs. Et certaines pièces semblent même avoir été créés exprès pour les mets qu'ils contiennent!

Le choix de la vaisselle est d'ailleurs un des plaisirs de la préparation du repas japonais: ce choix s'effectue donc en fonction des mets à servir, mais également en fonction des invités (la qualité de la vaisselle étant adapté à la "qualités" de ceux-ci), de la saison (porcelaine fine pour l'été, céramique plus épaisse en hiver)... ou de son humeur du jour!

Contrairement aux repas occidentaux, tous les plats du repas japonais sont souvent servis simultanément, et, dans ce cas, généralement disposés sur un plateau qui sert ainsi en quelque sorte de set de table. Après avoir admiré l'oeuvre ainsi élaborée par la composition colorée formée par les différentes composantes du repas, le convive a ensuite toute liberté dans le choix et l'ordre de la dégustation...
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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 20:32
La beauté d'une pièce d'habitation japonaise, produite uniquement par un jeu sur le degré d'opacité de l'ombre, se passe de tout accessoire. L'occidental, en voyant cela, est frappé par ce dépouillement et croit n'avoir à faire qu'à des murs gris dépourvus de tout ornement, interprétation parfaitement légitime de son point de vue, mais qui prouve qu'il n'a pas percé l'énigme de l'ombre."

TANIZAKI Junichiro - Eloge de l'ombre - 1933


Effectivement, pour beaucoup d'entre nous, le mystère de l'ombre reste insondable... Simplicité et harmonie avec la nature, flexibilité et fonctionnalité sont plutôt, à nos yeux occidentaux, ce qui caractérisent les intérieurs japonais traditionnels.
  • Simplicité et sobriété: c'est l'impression première : elle se retrouve d'abord au niveau architectural, dans l'articulation généralement simple des différentes pièces. Autres éléments contribuant à cette apparente simplicité: le minimalisme de la décoration et de l'ameublement, le vide suggestif déjà évoqué précédemment , ainsi que l'utilisation de matériaux naturels et sans prétention que sont le bois, la paille, le bambou, le papier et la pierre. Car effectivement, comme le note Pierre Loti dans "Madame Chrysanthème", il faut plutôt y voir "une simplicité apparente extrême dans l'ensemble, et une incroyable préciosité dans les détails infiniment petits: telle est la manière janponaise, de comprendre le luxe intérieur"...
  • Harmonie avec la nature: l'utilisation de matériaux naturels, avec leurs couleurs sobres et leurs textures imparfaites, est un premier facteur de rapprochement avec la nature. De même, la symétrie étant une notion artificielle, qui n'existe pas dans la nature, l'assymétrie règne et on ne trouve pas non plus de formes trop parfaites, qui par définition sont figées et ne laisseraient aucune possibilité d'évolution. La maison japonaise intègre donc l'esprit du Wabi Sabi hérité de la voie du thé. Autre expression d'harmonie avec la nature, la maison japonaise s'intègre généralement, via une véranda, avec un jardin ou avec le paysage environnant, l'un étant le prolongement de l'autre et vice versa. Enfin à l'intérieur, les quelques éléments de décoration (peinture sur rouleau, céramique, arrangement floral...) s'accordent et varient au rythme des saisons. C'est cette conjonction d'éléments qui contribuent à l'effet généralement apaisant d'un intérieur japonais.
  • Flexibilité dans l'utilisation de l'espace, expression d'un état transitoire: une même pièce à tatamis n'est pas associée à une fonction précise, et peut avoir différents usages: elle peut servir de salle à vivre ou à travailler, de salle à manger ou de chambre. Dans ce dernier cas, la table basse est poussée sur le coté et les futons, dans la journée cachés dans des grands placarts derrière des portes coulissantes, sont alors déroulés pour la nuit. L'utilisation de portes coulissantes (opaques ou à shoji), à la place de cloisons et fenêtres fixes, permet d'autre part de réduire ou d'agrandir une pièce selon les besoins, ou encore selon la saison, d'ouvrir complètement une pièce sur le jardin.
  • Minimalisme: pas de "bibelot" inutile dans une maison japonaise! Ce vide si typique des intérieurs japonais donne l'impression que la maison est véritablement réduite à l'essentiel et au purement fonctionnel. L'ameublement est ainsi réduit au minimum: une table basse, quelque coussins ("zabuton"). La décoration en tant que telle est également minimale et concentrée sur l'espace du Tokonoma, cette large niche où l'on peut disposer un arrangement floral et suspendre une peinture ou une calligraphie.
  • Qualité: également un héritage de la voie du thé, le choix des matériaux fait l'objet d'un soin particulier. Ce n'est pas seulement la qualité intrinsèque de chacun des matériaux qui est considérée, mais également ses qualité esthétiques, son aspect, sa texture: une poutre peut ainsi être choisie pour la beauté d'un noeud dans son bois... Un grand soin est également apporté à la construction proprement dite: les charpentiers et menuisiers japonais sont capables d'emboiter des pièces de bois parfaitement ajustées au milimètre près rendant ainsi l'usage de vis et autres clous parfaitement superflu. L'amour du détail et de la finition complête cet Art, dont le résultat est cette grande qualité qui caractérise la maison japonaise.

Voilà pour la vision théorique... En pratique néanmmoins, la maison traditionnelle telle que décrite ci-dessus a malheureusement tendance à disparaître, au profit de blocs d'appartements miniscules, remplis de laideurs (société de consommation oblige), et, pauvre Tanizaki, violemment éclairé au néon...
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